Covid-19 : au Mali, le secteur du coton bat de l’aile

Suite à la baisse du prix du coton-graine et à l’augmentation du prix des équipements agricoles, les réactions se multiplient du côté des paysans. Beaucoup sont décidés à réduire leur périmètre de culture du coton. Ce qui n’augure rien de bon pour la campagne cotonnière 2020-2021 encore moins pour le secteur du coton.

 

La baisse du prix du coton-graine, combinée à la hausse du prix des équipements qu’utilisent les cotonculteurs, crée des remous. Beaucoup de paysans sont prêts à ne pas cultiver de coton cette année. La Covid-19 y est pour quelque chose.

Dans son communiqué du 30 avril 2020, l’Interprofession du coton du Mali (IPC) indique que les prix d’achat de base du coton, pour la campagne agricole 2020-2021, sont respectivement 200 francs CFA pour les cotons de très bonne qualité et de 175 francs CFA pour les qualités moyennes. Pour la campagne 2019-2020, ces prix étaient respectivement 275 francs CFA et 235 francs CFA.

Cette hausse des prix, grand paradoxe, se greffe sur l’augmentation du prix des équipements agricoles. Selon Adama Coulibaly, agriculteur à Fabalé dans la région de Ségou, « beaucoup de cotonculteurs ne cultiveront pas de coton cette année » à cause de cette situation

En effet, l’année dernière, la Compagnie malienne pour le développement des textilex (CMDT) cédait aux paysans, à crédit, des insecticides à 4 133 francs CFA contre 4 240 francs CFA cette année. Quant aux engrais, ils étaient cédés à crédit à 11 658 francs CFA durant la campagne écoulée contre 18 405 francs CFA pour la campagne 2020-2021.

Difficulté sur le marché mondial 

Cette problématique autour du prix du coton n’est pourtant pas tributaire des autorités maliennes. « Des usines de textiles sont à l’arrêt en Asie, des cargaisons de fibres sont encore en attente d’exportation et le plongeon, début avril, du cours du coton est à son plus bas niveau depuis 2009. La faiblesse des prix du pétrole ayant rendu les fibres synthétiques plus compétitives que les fibres naturelles… », indique RFI. Ce problème auquel le marché mondial est confronté n’est qu’une conséquence de la récession économique engendrée par la pandémie de coronavirus.

Selon Bakary Togola, conseiller agricole au Centre de gestion de Sanando (Ségou), la CMDT est confrontée à des difficultés cette année. C’est ce qui entraine cette baisse du prix du coton-graine.

Le désengagement des paysans 

Toutefois, face à cette décision, les paysans semblent catégoriques : « Le développement de l’agriculture du coton que recherche l’État malien sera impossible sur cette voie », indique Sinaly Diarra, agriculteur à Tissala, dans la région de Ségou. Sans tergiverser, M. Diarra craint au contraire que cette situation n’entraine une décroissance de la production cotonnière au Mali. « S’il n’y a pas de coton cette année, c’est l’État le fautif », prévient-il.

Il y a des zones dans la région de Ségou qui ont fait une production de 55 tonnes de coton l’année dernière, explique M. Togola, et qui espéraient atteindre les 100 tonnes cette année. « Avec cette décision, beaucoup d’agriculteurs ont décidé de diminuer leur quantité », déplore-t-il.

Insécurité alimentaire 

La situation est assez délicate et pourrait conduire à une insécurité alimentaire l’année prochaine. En effet, selon M. Togola, « dans la zone de Ségou, nombreux sont les paysans qui cultivent le coton afin d’avoir des engrais, des insecticides, des herbicides, etc., qu’ils utilisent aussi dans leur champ de céréales ». Or, la quantité de ces produits chimiques est fonction de la superficie de coton cultivée. Les paysans prennent ces équipements en comptant sur les revenus du coton. « Mais cette année, ça sera difficile ».

Malgré que les acteurs du coton aient décidé d’ajouter 15 francs CFA sur le prix d’achat de chaque kilogramme de coton-graine produit et vendu, les paysans leur lancent un appel afin qu’ils revoient leur copie pendant qu’il est encore temps. Le Mali ne doit pas perdre sa position de premier producteur de coton en Afrique.

Source : Benbere

Suivez-nous sur Facebook sur