Situation politique surréaliste au Mali

La crise postélectorale couve sous les cendres d’une accalmie apparente. La contestation n’est pas finie, quoique ses initiateurs donnent l’impression d’avoir épuisé toutes les options pacifiques. Mais ne nous y trompons pas, leur capacité de mobilisation est intacte. Ce qui a changé c’est le désir de plus en plus prononcé des jeunes de vouloir en découdre.

Les dirigeants tentent de les raisonner à chaque fois.

La conviction des leaders est que le premier qui usera de la violence perdra sa cause. Ils ne laissent donc pas les brides aux jeunes. Le risque est qu’à un moment donné les jeunes pourraient s’affranchir. C’est là que le débordement pourrait survenir.

De l’autre côté, malgré des discours destinés à la consommation de l’opinion publique nationale aussi bien que internationale, le pouvoir semble faire fi de cette vague de protestation. Le pouvoir n’a esquissé aucun acte de bonne volonté à l’égard de l’opposition. L’explication se trouve dans une ou plusieurs des hypothèses ci-après :

1-la lassitude va finir par gagner, la démobilisation n’est pas loin ; 2-le pouvoir dispose de l’effectivité de l’appareil d’État et des moyens de répression donc la situation est sous contrôle ; 3-laissons l’opposition amuser la galerie, pendant ce temps le pouvoir rafle la mise à l’Assemblée nationale et s’octroie la majorité absolue. Ceci pourrait d’ailleurs expliquer l’empressement à organiser les élections législatives et locales et l’avis douteux suscité à la Cour constitutionnelle pour se couvrir les arrières ; 4-l’absence de médiateurs crédibles : les griots, les religieux, les familles fondatrices, la France, l’UE, la CEDEAO ? Y en a-t-il parmi tous ces acteurs un seul qui n’a pas péché par un parti pris ?

Même les N.U. ne sont pas impartiales dans cette histoire.

Dès lors, qui pour renouer le fil du dialogue ? À moins que l’opposition ne se résolve à accepter un de ces acteurs tout en se pinçant le nez ! Quelles que puissent en être les raisons, il faut se détromper, la situation ne va pas se tasser par elle-même. Chaque nouvelle manifestation de l’opposition sème davantage de doute dans l’esprit des gens honnêtes, y compris parmi les partisans du pouvoir, qui avaient pourtant voué l’opposition aux gémonies.

Chaque manifestation de la diaspora à Paris, New York, Barcelone, Bruxelles, Berlin, Genève jette un discrédit supplémentaire sur le pouvoir. Et cela ne va pas faiblir. Cela risque même d’être la marque de fabrique de ce quinquennat. Au niveau national, nous marchons sur le fil du rasoir. Le moindre petit acte de trop pourrait faire basculer les choses. Par exemple, l’initiative des contre-marches, la répression policière contre les manifestants, les arrestations de manifestants et leur garde à vue, les incursions extrajudiciaires des forces en cagoules et les enlèvements nocturnes forcés sont autant d’actes dignes d’un autre âge.

À partir de ce moment l’Etat devient hors la loi.

Ainsi quelle devrait être la réaction du citoyen face à ces excès ? La résistance, bien sûr. On n’en est pas loin. En témoignent les systèmes d’alerte précoce qui se mettent en branle dès qu’un mouvement nocturne des forces en cagoules est suspecté ou l’autodéfense quand les mêmes forces essaient de soustraire des manifestants. Ces mouvements vont aller grandissants. Ils seront mieux structurés avec l’expérience.

Enfin, l’autre risque est que l’on ne s’habitue aux canistères de gaz lacrymogènes et aux coups de matraques. L’appareil de répression perdrait alors son effet dissuasif. De mon point de vue, la situation pourrait se détériorer et le fragile équilibre politique et sécuritaire pourrait être remis en cause.

Notre seul salut se trouve dans le DIALOGUE.

Et il n’est nul besoin d’un intermédiaire pour engager le dialogue. Soumaïla Cissé l’a déjà prouvé en 2013 en prenant son courage pour aller saluer le président élu d’alors. À mon avis, il faut qu’Ibrahim Boubacar Keita taise son ego et prenne l’initiative de décrocher son téléphone pour appeler Soumaïla Cissé et l’inviter à discuter de comment construire le Mali ENSEMBLE. Cela devra se faire avant le 29 septembre, date du lancement du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie, car les choses pourraient se compliquer à partir de là. Le dialogue est la voie du salut. Tout le reste ne serait que calcul mesquin et fatuité de la part du pouvoir. À bon entendeur salut !

Tignèfò

 

Source: Le Reporter

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