Paris presse les alliés de l’UE de renforcer l’armée malienne contre les djihadistes

Paris, – La France a commencé à demander à ses partenaires européens d’envoyer des forces spéciales au Mali et dans d’autres pays du Sahel en Afrique, afin de soutenir les forces locales sont de plus en plus visés par des attaques djihadistes mortelles à travers l’immense étendue du désert. L’idée est d’améliorer l’entraînement de base pour les forces qui manquent souvent d’armement et d’expérience, et de libérer l’opération française Barkhane, forte de 4 500 hommes, pour se concentrer sur la poursuite des insurgés et la prévention des attaques.

Jusqu’à présent, seule l’Estonie s’est mobilisée et s’est engagée fin septembre à envoyer 50 soldats aux côtés des troupes françaises stationnées dans la région depuis 2013. “Des pourparlers sont en cours avec plusieurs pays”, a déclaré à l’AFP une source gouvernementale française, demandant à l’anonymat pour discuter des déploiements potentiels. Pour la France, la constitution des armées du Mali, du Burkina Faso, de la Mauritanie, du Tchad et du Niger est la première étape indispensable avant tout retrait de ses troupes. Jusqu’ici, les armées de ces pays sont loin d’être prêtes à se débrouiller toutes seules: au moins 25 soldats maliens ont été tués lundi et mardi et des dizaines ont été portés disparus après que des militants à bord de véhicules lourdement armés ont fait irruption dans deux camps militaires près de la frontière avec le Burkina Faso. Les djihadistes sont partis avec une grande quantité d’armes, de munitions et d’équipement avant que les forces spéciales maliennes, appuyées par des avions de guerre et des hélicoptères français, ne ripostent. Samedi dernier, trois attaques contre des villages et une unité de l’armée dans le nord du Burkina Faso ont fait 17 morts, dont un soldat. L’armée burkinabé, qui a elle-même subi de lourdes pertes, n’a pas pu arrêter les attaques qui ont poussé quelque 300 000 personnes à fuir vers le sud. L’enjeu est de taille, alors que Paris cherche à empêcher les insurgés affiliés au groupe État islamique, Al-Qaïda et d’autres, de s’enraciner dans les zones à faible densité de population.

“L’Europe aura deux épées de Damoclès au-dessus de sa tête: le terrorisme et les enlèvements, mais aussi les migrants en situation irrégulière, car beaucoup voyagent dans ces zones”, a averti la ministre de la Défense, Florence Parly, en juin. – “Énergie fraîche” – La France espère constituer un nouveau Groupe de travail mixte sur les opérations spéciales conjointes (CJSOTF) pour le Sahel, dont les missions seraient similaires à celles des équipes de liaison et de mentorat opérationnels en Afghanistan. “Ces hommes seraient sous commandement français, mais comme dans toute coalition, avec des” mises en garde “, les limites fixées par les différents pays quant aux types d’opérations auxquelles leurs troupes peuvent participer à l’étranger, a déclaré à l’AFP une source de l’armée française. “L’un des principaux impacts que nous recherchons est d’apporter de l’énergie nouvelle pour accompagner les forces locales”, a-t-il déclaré. En dépit des années de formation des spécialistes Barkhane et de la mission de formation européenne EUTM, les armées du Sahel restent mal équipées et souffrent de taux de désertion élevés. Et même si la France réussissait à convaincre les pays de l’UE d’intensifier leurs efforts avec des forces spéciales, elles seraient dispersées dans cinq pays couvrant une étendue semi-aride de la taille de l’Europe.

La Grande-Bretagne, l’Italie, la République tchèque et les pays scandinaves en particulier ont des unités d’élite sur lesquelles Barkhane pourrait puiser. La tâche ne sera pas facile: lors de l’attaque la plus meurtrière jamais menée contre son armée, le Burkina Faso a tué 24 soldats lors d’une attaque contre une base à Koutougou, près de la frontière malienne, le 19 août. Selon plusieurs sources qui ont parlé à l’AFP, le soldat burkinabé le plus gradé sur place était un adjudant-chef. Ses hommes avaient mis en garde contre une attaque imminente après avoir appris que des insurgés s’étaient rassemblés à un carrefour près du camp la veille. Mais aucun renfort n’est arrivé avant le début de l’attaque.

AFP

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