L’influence de l’instabilité sahélo-saharienne sur la sécurité nationale du Mali

L’arc sahélien développe de nos jours une conflictualité endémique, aggravée par les conflits libyen et malien et les activités terroristes sur lesquelles les différents acteurs ont peu de prise. AQMI, faute de mener le combat chez les Occidentaux, a opéré un retour sur l’ennemi environnant. Le champ de bataille s’est donc déplacé sur la zone Sahara-Sahel (enlèvements de touristes et d’humanitaires, attaques de garnisons militaires et de convois, attaques des entreprises occidentales) là où l’immensité des territoires et la fragilité des États de la région, les luttes internes de pouvoir, la militarisation croissante, la forte pression démographique, un climat d’insécurité généralisé propice aux trafics de tous genres alimentent davantage l’insécurité.

Cet ensemble s’est davantage complexifié ; le Sahel est devenu un champ d’intervention des puissances étrangères, attisant ainsi les convoitises entre pays du Nord, pays émergents et Etats de la région sahélienne. Cet imbroglio engendre d’énormes difficultés dans la recherche de solutions pour rétablir la paix et la stabilité au Sahel. A tel point que le contrôle des régions du Nord du Mali par ces groupes terroristes a illustré, à suffisance, la divergence de vues des Etats frappés par le terrorisme.

I. Les défis et enjeux sécuritaires au Mali :
La sécurité révèle des lacunes énormes et des déficits considérables qui sont fortement préjudiciables à la vie de la nation. Le Mali est surexposé à une masse de risques, menaces, vulnérabilités et fragilités qui impactent considérablement le présent et l’avenir politique, économique, social, culturel et confessionnel. Ces phénomènes, qui n’épargnent ni les institutions étatiques ni les populations, constituent autant de défis sécuritaires à relever.

1.1- Les défis internes à la sécurité humaine : les menaces sécuritaires internes se manifestent à travers les multiples actes de banditisme urbain et périurbain, les conflits communautaires et religieux, le chômage, la pauvreté, les crises sociales, la délinquance économique, etc. Aussi, les épidémies et les pandémies, l’insécurité alimentaire, la corruption sont-ils des défis d’insécurité humaine au même titre que la prolifération des armes légères et de petit calibre, la sécheresse, la désertification et autres impacts du réchauffement climatique. D’autres facteurs endogènes concernent le trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, la migration irrégulière et les rébellions dans le nord du pays, etc.

1.2- Les défis externes à la sécurité du Mali : les menaces sécuritaires externes se manifestent essentiellement à travers la criminalité transfrontalière et transnationale organisée. Les groupes armés venus de l’extérieur et liés à l’expansion du terrorisme salafiste, la migration irrégulière dans sa composante étrangère alimentent en partie l’insécurité dans le septentrion malien.

Une étude de ces défis nous révèle que certains d’entre eux sont des vulnérabilités et d’autres des fragilités. Dans le contexte de la présente réflexion, la vulnérabilité se conçoit en points faibles, un état d’insécurité dû à la fois aux menaces internes et externes, aux facteurs géographiques, sociologiques, environnementaux, socioéconomiques et politiques, etc.

II. Les vulnérabilités de l’Etat malien :
L’État malien possède une potentialité, la possibilité, voire la capacité de faire face aux multiples défis identifiés. Ainsi, la vulnérabilité se rapproche de la résilience sans s’y confondre. Cela dit, le Mali souffre de plusieurs vulnérabilités. L’immensité du territoire national, l’insuffisance des ressources humaines qualifiées, l’inadaptation de la législation aux nouvelles formes de criminalité (cybercriminalité, corruption, etc.), le problème des conflits communautaires sont des défis qui dilatent la cohésion sociale et affaiblissent l’État.

III. Les fragilités de l’Etat malien :
Parmi les défis, certains constituent des fragilités qui aggravent les risques de menaces internes et externes, les pressions et convoitises extérieures sur les ressources naturelles. Ainsi, la fragilité étatique se manifeste à travers la faible présence de l’État dans les régions du nord du territoire (à cause des conflits). La multiplicité des demandes sociales, les conflits, l’impact climatique sur les populations dans le Mali profond et le manque de contrôle sur la doctrine religieuse constituent également des défis à relever.

Au regard de cette situation, la solution à apporter est à la recherche d’un équilibre pour bloquer cette menace réelle sans l’alimenter. C’est pour cela qu’agir au Sahel aujourd’hui représente un défi pour la sécurité de demain. Cette action consiste en la définition d’une part, d’une politique nationale, bilatérale, régionale et internationale, mutualisant moyens de lutte et développement durable, et d’autre part, un travail de fond sur les mentalités.

Colonel Amara Doumbia
Officier des Forces Armées de la République du Mali
Stagiaire à l’Ecole de guerre de Moscou.
Candidat en Master Sécurité nationale et défense de l’Etat.
Doctorant en Relations internationales.

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