Difficultés dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation : Paris se désolidarise de Bamako et lui reproche de ” manquer de volonté politique “

En déplacement à Stockholm (Suède) pour une rencontre, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian a formulé des critiques très acerbes contre les autorités maliennes. Il reproche à celles-ci de ” manquer de volonté politique pour la mise en œuvre de l’accord issu du processus d’Alger “.

Pour le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian “ Dans l’accord d’Alger, il y a tout ce qu’il faut pour retrouver la paix au Mali et plus globalement au Sahel “. Toutefois, la condition pour lui demeure la volonté politique de transformer cet accord en réalité. Chose qui, selon lui, n’est pas encore le cas, tout en souhaitant ” que ce soit le cas après l’élection présidentielle “.

Avant d’insister sur le fait que ” s’il y a un message à faire passer au président [malien] – à celui-là ou un autre, je n’ai pas à prendre parti dans un processus électoral -, aux candidats, c’est de faire en sorte qu’ils s’engagent solennellement pour la mise en œuvre de l’accord d’Alger “.

Des propos qui sonnent comme un désaveu, voire un agacement des autorités françaises de la politique du Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta. Celui-ci se voit reproché de n’avoir pas assez fait pour accélérer la mise en œuvre de l’accord.

Cette déclaration du ministre français des Affaires étrangères survient après que le Premier ministre français Edouard Philippe eut annuler la visite qu’il devait effectuer au mois d’avril dernier au Mali où il était prévu un déplacement auprès des forces françaises basées à Gao, puis une rencontre avec les autorités maliennes à Bamako y compris le président IBK. Au lendemain de manifestations à Bamako où le drapeau français avait été déchiré et saboté, Paris avait indiqué dans un communiqué “ qu’en cas de manifestation ou de profanation du drapeau français avant l’arrivée du premier ministre Edouard Philippe, l’étape de Bamako sera aussitôt retirée du calendrier de la visite “. S’y ajoute que les autorités françaises ne voulaient pas que cette visite soit exploitée à des fins électoralistes, la présidentielle étant programmée au Mali pour le 29 juillet 2018.

Il faut aussi rappeler qu’après la répression de la marche de l’opposition, le 2 juin dernier, Paris a fustigé en termes polis mais sans équivoque cette attitude des autorités maliennes.

Rien d’étonnant donc si les autorités françaises n’ont pas fait obstacle à une marche des ressortissants maliens à Paris réclamant la transparence du scrutin présidentiel et l’ouverture de l’ORTM à toutes les sensibilités politiques du pays, ce qui serait contraire à leur ligne de conduite.

De plus, récemment bon nombre de médias français avaient commencé à tirer à boulets rouges sur le régime du Président IBK. Certains allant jusqu’à rapporter que le Président français avait invité son homologue malien à se retirer de la compétition électorale de juillet 2018. Ce qui avait même suscité l’ire du président IBK qui avait répliqué que c’est aux Maliens d’en décider.

Rappelons aussi que dans une récente sortie sur le plateau de TV5 et sur les antennes de RFI, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Dominique De Villepin, avait déclaré que “ le régime de IBK manque de vision et de stratégie dans la lutte contre le terrorisme“. On retiendra enfin la réaction du député français, Jean-Luc Mélenchon, qui avait indiqué que le régime actuel préparerait une vaste fraude électorale pour se maintenir au pouvoir à l’issue de la présidentielle du 29 juillet.

Autant de sorties qui prouvent l’existence d’un réel malaise entre Paris et Bamako

Maciré DIOP

Source: L’Indépendant

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