Refondation du Mali : Elle commence par l’assainissement de l’administration étatique

Le peuple qui regrette toujours son passé est arrivé à l’ère du jeune Assimi Goita et de l’ancien homme politique Choguel Kokala Maiga. Le Mali doit se relever sur ses deux pieds pour se faire une place dans le concert des nations. Pour ce faire, l’administration étatique malienne doit aussi se mettre dans la logique de la refondation.

 

L’administration étatique malienne constitue un casse-tête pour le citoyen qui est souvent obligé de s’y rendre pour gérer ses affaires. C’est là qu’il se rend compte qu’il y a des agents qui travaillent pour eux-mêmes, du privé dans le public, ils créent toutes les conditions nécessaires pour corrompre les citoyens. Parmi ces conditions, il y a le ralentissement dans le traitement des dossiers pour prendre des dessous de table. « On est là-dessus », telle est la phrase qu’on peut entendre, en réalité c’est pour pousser l’usager à demander : «  qu’est-ce je peux faire pour accélérer le traitement du dossier ? » Lorsque l’usager pose cette question, c’est en ce moment qu’il vient de parler. Cette pratique est courante dans presque toute l’administration malienne. Vous avez aussi des « chefs » qui ont leurs noms dans toutes les missions mais ils ne sont jamais sur le terrain. Ils vous contraignent à mettre leurs noms pour bénéficier des perdiems, si vous refusez, puisque c’est eux les chefs, prochainement vous serez écarté des opportunités de mission. Ce sont des responsables qui établissent une mafia au sein de l’administration. Lorsque vous avez de telles personnes dans l’administration, il est très difficile de faire avancer des projets de développement. Ils perdent toute idée entrepreneuriale à cause du salaire et des « dessous » de table.

De nos jours, certains responsables pensent que le Mali ne peut pas se développer sans les aides étrangères. Lors d’un entretien, un responsable d’une direction de santé me lâcha : «  sans les partenaires (bailleurs de fonds), le Mali ne peut pas avancer ». L’homme est tellement convaincu que, pour lui, ce sont les aides étrangères des occidentaux qui font développer un pays. Vous pouvez constater qu’ils sont nombreux à prendre des congés pour aller travailler dans des ONGs où les conditions de travail sont bonnes. Certains d’entre eux sont très compétents mais ce sont les ONGs qui bénéficient de leurs compétences, car il faut le dire, l’État malien n’a pas de politique pour exploiter le savoir malien.

En matière d’attitude, certains ne montrent pas le bon exemple. Ce sont des rois et des reines. « Il ne faut pas oublier de dire au chef « qu’il ou qu’elle est bien habillé(e) » sinon l’on croira que vous êtes contre le chef ». La jalousie fait perdre toute idée pour l’avancée du service. Il faut voir les tiraillements entre des personnes qui finissent par nuire à la qualité du service à cause des problèmes de cœur.

Lisons ce que Thomas Sankara disait des fonctionnaires en 1987 « …C’est vrai, les fonctionnaires ne sont pas contents et je les comprends. Moi-même je suis fonctionnaire et je comprends leur situation.

Ils avaient auparavant des salaires très élevés. Aujourd’hui, on leur demande de partager avec tout le peuple. Ils ont perdu quelque chose.

Mais il y a un choix à faire. Ou bien nous cherchons à contenter les fonctionnaires – ils sont à peu près 25 000, disons 0,3% de la population – ou bien nous cherchons à nous occuper de tous ces autres qui ne peuvent même pas avoir un comprimé de nivaquine ou d’aspirine et qui meurent simplement lorsqu’ils sont malades.

Les fonctionnaires ne savent pas ce que c’est que l’autosuffisance alimentaire. Ils ne savent pas ce que c’est que la sécheresse. Mais combien de Burkinabè sont morts à cause de la sécheresse ? S’il faut prendre cette question en considération, il faut en trouver la solution.

Ça va être un peu difficile pour les fonctionnaires. C’est pourquoi dans tous mes discours, je dis qu’il faut les comprendre, et petit à petit essayer de leur expliquer : « Vous avez à manger parce que vous êtes fonctionnaires, mais si le peuple est misérable et continue à être abandonné à la misère, un jour le peuple va vous empêcher de manger tranquillement. Il viendra d’abord à votre porte et ensuite il la forcera avant de pénétrer dans votre maison pour tout casser et pour manger avec vous par la force. »  Jeune Afrique – 1987

Ceci est un message d’un révolutionnaire africain qui se souciait du développement de l’Afrique. Le Mali a besoin de dirigeants qui pensent comme un leader, un meneur de troupe et non quelqu’un qui ne pense qu’à remplir ses poches. Choguel Maiga et Assimi Goita doivent y penser. Il faut démasquer tous ces fonctionnaires fictifs qui sont dans l’administration. Il faut le redire, une des plaies du Mali, c’est aussi la mauvaise gestion des affaires publiques.

Les auteurs de la refondation doivent beaucoup réfléchir sur le progrès des agents étatiques : plan de carrière, formation, amélioration des conditions de travail, bannir les agissements politiques contre-bonheur. Certains services ont été créés pour loger des particuliers, il faut les fermer et encourager les gens à entreprendre.

Yacouba Dao

SourceMalijet

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