Doctrines: La tentation de l’arrogance dans la prospérité

La qualité des rapports sociaux que se doivent d’établir et de maintenir entre eux les membres de la communauté musulmane fait souvent l’objet de rappels de la part des oulémas. Unis par une foi commune, attachés à l’observance des mêmes préceptes, les communautés musulmanes n’en sont pas monolithiques pour autant. Cette diversité que nul ne cherche à gommer, constitue son potentiel de dynamisme.

 

Elle se traduit, comme dans toutes collectivités humaines, par la cohabitation de couches sociales aux conditions les plus variées. La différenciation ne saurait cependant conduire à l’érection de cloisons étanches au sein de ces communautés. Les devoirs incombant aux uns envers les autres s’inscrivent en pratique dans le cadre d’obligations relevées en maints passages du Livre saint de l’islam.
Les exégètes s’appuient ainsi sur divers commentaires des propos du Messager (PSL) pour souligner le poids des biens matériels en ce monde et les tentations auxquelles ils exposent l’être humain. « L’homme est inconstant par nature, abattu et sans nerf quand un malheur l’atteint, il est toute arrogance dans la prospérité », est-il dit dans ce chapitre. Il est un recours cependant contre cette transgression, dont le modèle est fourni par « ceux qui prient et font régulièrement leurs aumônes, ceux qui, sur leurs richesses reconnaissent une part légitime au mendiant et au pauvre démuni » (79:19). Selon les exégètes, ce devoir d’assistance rappelé avec constance en parallèle avec l’observance des préceptes essentiels, ne peut être synonyme de gestes alibis qui n’ont aucune portée réelle.
Ils rappellent à cet effet que le Malin chemine avec prédilection au côté de la richesse, soumettant constamment son détenteur à ses épreuves. Rarement, avertissent les théologiens, le fils d’Adam, comblé de richesses échappera à l’une de ces trois manœuvres de l’ennemi qui a juré de le conduire à sa perte. «Il m’est possible de lui embellir ses biens à ses yeux, ce qui l’empêchera de payer dessus la zakat», se dit le Malveillant. «Je peux autrement lui faciliter les moyens qui l’entraînent à faire de grandes dépenses à tort et à travers», se promet-il également. «Il m’est tout aussi loisible, dans une autre éventualité, de lui faire aimer la richesse de telle sorte qu’il empruntera des voies qui lui en feront gagner plus, suivant des procédés illicites».
Indiquant sur ce point que l’homme est rapidement sujet à l’éblouissement lorsqu’il se trouve à la tête de quelque fortune, les oulémas rappellent qu’il ne sied au fidèle d’envier son prochain que dans deux cas. L’envie peut être portée à quelqu’un que le Créateur a pourvu de richesses qu’il dépense comme il se doit, selon les prescriptions. Car eux sont « les bons qui seront dans [un jardin] de délice, » et « que ceux qui le convoitent entrent en compétition [pour l’acquérir]. » (83:26) L’on peut aussi envier l’homme à qui il a été donné un savoir qu’il vulgarise et dont il se sert pour régler les conflits qui surgissent entre les gens. Attirant par ailleurs l’attention sur la source de discorde que peut être le bien matériel en ce monde, les oulémas rapportent pour l’illustrer ces propos du Messager (PSL) «Chaque communauté sera confrontée à une épreuve, et l’épreuve de ma communauté est l’or».

A. K. Cissé

L’ESSOR

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