[Chronique] Salif Keita, griot anti-Macron

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le chanteur malien Salif Keita accuse la France de financer des actes jihadistes. Il demande à Ibrahim Boubakar Keïta de réagir ou de démissionner…

Quelle mouche a piqué le kôrô [grand frère] musicien Salif Keita pour qu’il s’adresse aussi vertement au kôrô politicien IBK ? On ne mettrait pas le doigt entre l’arbre et l’écorce de la famille Keita si la saillie du retraité des studios n’alimentait pas un sentiment anti-français manifestement teinté, dans ce cas, de théorie du complot. C’est sur Facebook que le chanteur malien septuagénaire s’est adressé au président malien septuagénaire pour dénoncer les agissements du quadragénaire français Emmanuel Macron, qualifié de « gamin comme ça ».

Certes, les populations sahéliennes sont sur les nerfs, épuisées par une guérilla jihado-crapuleuse qu’elles jugent largement importée de crises exogènes, libyenne ou malienne. Certes, la présence de la force française Barkhane – 4 500 militaires au Sahel – peut être interrogée dans un débat qui se structure en mystère de l’œuf et de la poule : la présence de soldats de l’ancienne puissance coloniale exacerbe-t-elle la haine des terroristes, ou bien les attentats justifient-ils légitimement le secours de forces occidentales ? Le chanteur va bien plus loin…

Mise en abîme incongrue

Dans une vidéo en bambara, Salif Keita accuse la France de financer les groupes jihadistes qui endeuillent son pays, dont il n’a eu cesse de glorifier, dans ses chansons, la douceur de vivre. Bras croisés et lunettes sombres, il est catégorique lorsqu’il s’adresse au chef de l’État malien : « Tu sais pertinemment que c’est la France qui poste des gens pour tuer les Maliens. C’est la France qui paie des gens pour faire ça, pour ensuite faire courir des rumeurs disant qu’il s’agit de jihadistes ».

L’AMBASSADE DE FRANCE AU MALI S’EST EMPRESSÉE DE DÉNONCER UN RAMASSIS DE PROPOS AU CARACTÈRE INFONDÉ, DIFFAMATOIRE ET OUTRANCIER

Une théorie du complot pour dénoncer des rumeurs, sorte de mise en abîme incongrue que l’ambassade de France au Mali s’est empressée de dénoncer – elle aussi sur Facebook – comme un ramassis de « propos au caractère infondé, diffamatoire et outrancier ». Pour répondre à la gravité par la solennité, le communiqué de la chancellerie convoque la mémoire de « civils et militaires français », mais aussi « maliens internationaux », victimes de la barbarie terroriste et aujourd’hui « offensés » par une diatribe de nature à « entretenir le chaos ».

La présidence malienne, elle, est restée coi. Peut-être parce que le message du chanteur [malgré plus de 500 000 vues] est trop surréaliste pour qu’elle lui prête du crédit. Peut-être parce qu’Ibrahim Boubacar Keïta y est accusé de se « soumettre à ce petit Macron » et qu’il ne faudrait pas paraître morveux en se mouchant. Entre silence et décryptage, il n’est jamais facile de savoir ce qui alimentera le plus les slogans antifrançais qui fleurissent dans les manifestations de soutien à une armée malienne sous-équipée.

Source: jeuneafrique

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