Bamako, capitale rurale et ville aux baudets errants

Un coup sec du baudet en pleine poitrine et le gamin de huit ans s’effondra. Il voulait récupérer son ballon entre les pattes de la bête. La scène se passait à Quinzanbugu en janvier dernier, le long du grand collecteur qui va de Koulouba au fleuve Djoliba. Tandis qu’on transportait l’enfant, sonné, au centre de soins, « Maître Aliboron » (comme Jean de La Fontaine appelle l’animal dans « Les voleurs et l’âne »), broutait avec deux compères, comme si de rien n’était, l’herbe tendre des lieux ! Quelques jours auparavant, sur l’une des artères menant au 3ème pont, un motocycliste finissait sa course folle contre le flanc d’un autre âne, figé au beau milieu de la chaussée.

Une vieille superstition ne prétend-elle pas que si un âne vous cède le passage cela porte malheur ? Le téméraire s’en tira avec une jambe fracturée.

D’après le Bureau de régulation de la circulation et des transports urbains (BRCTU), les animaux errants sont impliqués dans 10% des accidents de la route, 8 935 l’année dernière (avec 663 morts), selon l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER).

Ânes, bœufs, moutons, chevaux et autres ruminants squattent allègrement les rues et les espaces verts des six communes du District de notre capitale rurale, au grand dam des services municipaux, qui se lamentent sur leur impuissance, malgré les textes interdisant la divagation des animaux. Les sanctions, pouvant aller jusqu’à la vente desdits animaux, outre le paiement d’une amende de 1 500 FCFA par bête et par jour, ne semblent pas suffisamment dissuasives. « Nous n’avons pas de fourrière.

La seule qui existe, en Commune IV, ne suffit pas », se morfond M. Kaloga, de la Commune II. Du coup, c’est la capitale elle-même qui devient une vaste fourrière, à la faveur de l’insouciance et de l’incivisme des Bamakois, sous-tendus par l’indolence des services municipaux et la désinvolture des policiers.

Les deux méga fourrières annoncées sur les deux rives du Djoliba depuis belle lurette, qui tardent à voir le jour, vont-elles changer grand-chose à cette situation lamentable ? Ami Kane, où êtes-vous ? Au secours ! Vite ! Bamako se transforme en Jurassic Park.

Diomansi Bomboté

Journal du Mali

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