‘’RICTUS-Mon Billet’’: de la démocratie à la démocrature (1ère partie)

L’Afrique est un continent sublime dont la résilience, mais surtout les nombreux paradoxes, sont un charme rare. Elle est sortie livide de l’esclavage et a supporté les travaux forcés. Elle a aussi subi les affres de la colonisation avant de sourire aux indépendances. Même si ces indépendances, pour ne parler que des colonies françaises, n’étaient qu’un tour d’illusion pour cacher la transmutation du virus colonial en néocolonialisme, en Françafrique. Mais le ver était dans le fruit depuis le départ. En effet, ce sont les puissances colonisatrices qui ont aidé ceux qu’on appelle les pères-fondateurs à préparer leurs indépendances : constitutions, systèmes politiques, modes pratiques de gouvernance…

Les pays africains francophones devinrent ainsi de pâles copies de la France, la Mère Patrie, la Grande France de « nos ancêtres les Gaulois ». Nous étions fiers d’avoir nos Républiques à nous. Fiers de parler de démocratie ! Même si les présidents-dieux emprisonnaient ou assassinaient discrètement tous les porteurs de voix contraires, étouffant dans l’œuf toutes les velléités d’opposition et n’imaginant pas de céder leurs trônes. Tous ceux qui les critiquaient étaient des fils indignes ou des esprits subversifs, séditieux, diaboliques…

Mais comme au fil des ans les vagues de contestations devenaient de plus en plus fortes et récurrentes, les dirigeants aussi devinrent de plus en plus autoritaires et répressifs, et les assassinats d’opposants devinrent de moins en moins discrets et subtils. Alors, la Mère Patrie décida de nettoyer les écuries d’Augias ! Le 20 juin 1990, à l’occasion de la 16e Conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique, dans un rappel à l’ordre infantilisant, François Mitterrand a déclaré, entre autres propos : « Il nous faut parler de démocratie. C’est un principe universel qui vient d’apparaître aux peuples de l’Europe centrale comme une évidence absolue au point qu’en l’espace de quelques semaines, les régimes, considérés comme les plus forts, ont été bouleversés […] Il faut bien se dire que ce souffle fera le tour de la planète […] Je crois qu’on pourra trancher en disant que de toute façon, c’est la direction qu’il faut prendre […] Vraiment, je fais appel à votre raison […] »

Ce discours historique va effectivement faire souffler sur l’Afrique ce vent violent de l’Est qui avait déjà fait tomber le mur de Berlin en novembre 1989 et qui va finir par désintégrer l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) en décembre 1991. Comme des enfants à qui on a promis beaucoup de bonbons s’ils devenaient plus sages et plus généreux avec leurs frères de la maison, nos présidents africains revenus au pays se sont jetés en vrac sur leurs constitutions pour les réformer. Jurant qu’ils ne feront, plus jamais, plus de deux mandats, et ouvrant la voie au multipartisme. Mais juste pour plaire au père de la Mère Patrie et avoir leurs bonbons…

A suivre !

MINGA S. Siddick

Source: Ziré-Hebdo

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