Attaques terroristes : Il y a trois ans, le temps s’arrêtait sur Kwamé-N’krumah

Pour paraphraser et adapter le tube à succès de l’artiste Abdoulaye Cissé, nous dirons que sur la cité, la cité qui s’apprêtait à s’endormir, les vautours ont plané sur l’avenue Kwamé-N’Krumah. Ils ont troublé le silence de cette partie de la ville jadis si sereine et qui connaissait la paix. Ils ont troublé la quiétude des familles, amis ou collègues qui s’étaient retrouvés là pour manger, prendre un verre, décompresser et oublier les durs moments de la journée en ce début de week-end. Certains étaient à leur lieu de travail. Mais les vautours, les terroristes, sont passés par là. Fauchant sauvagement 30 vies. La capitale burkinabè venait d’être frappée en plein cœur par des terroristes. Le 15 janvier 2016, le temps s’était donc arrêté sur Kwamé-N’Krumah.

Comme une traînée de poudre, la nouvelle s’est répandue partout dans le pays et à l’étranger. Ouagadougou et le Burkina Faso tout entier venaient d’être attaqués. Les épisodes effroyables que l’on entendait et voyait à travers la télé ailleurs, venaient de se produire dans notre très cher Faso. Les assaillants, au nombre de trois, sont venus du côté de Yibi Hôtel en passant devant le maquis « Taxi Brousse ». De là, ils se rendront au restaurant Capuccino où ils ont ouvert le feu sur les clients. A l’aveuglette et avec une haine indescriptible, ils tuent au total 29 personnes et blessent plusieurs autres.

Prenant ensuite Splendid Hôtel, ils vont tuer une personne et blesser plusieurs clients. Au total, 30 personnes sont tuées. 70 blessés et d’innombrables dégâts matériels. Plusieurs nationalités. Des rêves consumés, des vies brisées et à reconstruire, avec des absences impossibles à combler.

Finalement, c’est en ces lieux que les terroristes ont été abattus par les Forces de défense et de sécurité burkinabè. Entre temps, les forces spéciales françaises sont venues en appui à nos hommes qui ont également reçu le soutien aérien des Américains.

Plus tard, comme cela est généralement de coutume, l’attaque était revendiquée. C’est Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui avait fait la basse besogne par l’entremise du groupe Al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar qui lui avait prêté allégeance. Moins de 72 heures après, on découvrait également les visages et les noms des assaillants tués dans l’assaut.

Des condamnations ont fusé de partout, ici et ailleurs. Certains chefs d’Etat ont fait le pèlerinage de Ouagadougou pour apporter leur soutien aux nouvelles autorités, à peine installées. Pourquoi ? A peine le pays avait enterré ses martyrs de l’insurrection populaire et du coup d’Etat, avait réussi l’organisation d’élections « historiques », qu’il pleurait à nouveau. Un acte perpétré pour mettre à genoux un pays qui se relevait difficilement.

Trois ans après…

La vie reprend son cours sur l’avenue Kwamé-N’krumah, la plus animée de la capitale burkinabè. Mais le drame est bien présent dans les esprits. Difficile de passer devant le restaurant Cappuccino sans y jeter un regard, avec amertume, même si les activités y ont repris depuis. Mais il faut le reconnaître, l’axe peine à retrouver son lustre d’antan.

C’est d’ailleurs en ce sens qu’à l’occasion du troisième anniversaire de l’attaque, un collectif d’acteurs culturels a lancé le concept « Burkina Debout ». Ils veulent semer l’esprit de résistance face à la barbarie et renvoyer un message fort que Kwamé-N’krumah ne doit pas mourir. Un concert d’une pléiade d’artistes est d’ailleurs prévu ce soir sur l’illustre avenue.

Les enquêtes ? Pas de bruit autour. L’on sait seulement que le juge d’instruction a procédé à l’inculpation de trois suspects, un Burkinabè et deux Maliens, en juillet 2016. L’enquête se mène en collaboration avec les Etats-Unis, le Canada, le Niger, le Mali, la France et la Côte d’Ivoire.

« Ces personnes ont été en contact avec l’organisateur en chef présumé de l’attaque. Il faut ajouter aussi que l’enquête a permis d’établir des connexions entre les attaques du Radisson Blu Hotel au Mali, du Capuccino, de Splendid Hôtel au Burkina Faso et de Grand Bassam en Côte d’Ivoire », nous apprenait, il y a deux ans, la procureure Maïza Sérémé, à travers nos confrères de l’Agence France presse (AFP).

On sait également que les terroristes, pendant l’opération, ont reçu un message de la part des commanditaires. Il leur était demandé si tout se passait bien. Toujours selon la procureure du Faso, c’est à partir d’un numéro syrien que le contact a été établi, même si « rien n’indique que ce soit effectivement à partir de la Syrie » que le commanditaire a communiqué avec le commando.

Malheureusement, cette attaque n’était pas la dernière sur cette avenue autrefois bien animée. Il y eut aussi Aziz-Istanbul dans la nuit du 13 au 14 août 2017.

En attendant, les familles et amis des victimes des attentats du 15 janvier 2016 attendent que justice soit faite. Cela ne ramènera pas leurs proches, partis pour « rien », mais si cela peut permettre d’éviter de futurs drames, en soutirant des informations à ceux qui sont inculpés dans cette affaire, c’est déjà bon à prendre.

Une pensée pieuse pour tous ceux et toutes celles qui, en cet anniversaire douloureux, souffriront de l’absence d’une mère, d’un père, d’une épouse, d’un époux, d’une fille, d’un fils, ou juste d’un ami.


Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

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